Entreprises britanniques implantées en Belgique : quels changements après le Brexit ?

Les entreprises britanniques sont désormais considérées comme des employeurs de pays tiers en Belgique. Ce qu'il faut savoir sur la sécurité sociale, le régime Limosa, l'enregistrement du site, ainsi que les nouvelles dispositions en matière d'immigration.

Une entreprise britannique qui envoie des salariés travailler en Belgique est désormais considérée comme un employeur d’un pays tiers. Il en découle trois conséquences. Votre situation en matière de sécurité sociale relève désormais de l’accord de commerce et de coopération entre le Royaume-Uni et l’UE plutôt que des règles de coordination de l’UE ; vous devez donc demander un certificat de couverture auprès du HMRC au lieu d’un formulaire A1 national. La déclaration Limosa reste pleinement applicable, sans modification. Enfin, il existe désormais un aspect lié à l’immigration qui n’existait pas avant 2021, car les ressortissants britanniques ne bénéficient plus de la libre circulation. Les formalités administratives sont plus lourdes qu’auparavant, et le plus grand risque consiste à supposer que la procédure d’avant le Brexit fonctionne toujours.

La place du Royaume-Uni sur le marché belge

Le Royaume-Uni reste la principale source de travailleurs détachés en Belgique hors de l'UE, représentant 32 % de l'ensemble des travailleurs détachés en provenance de pays hors UE, devant l'Inde (26 %). En 2023, le flux entre le Royaume-Uni et la Belgique a enregistré 1 718 travailleurs détachés, qui ne provenaient pas principalement des secteurs de la construction et de la métallurgie.

Les entreprises britanniques sont également présentes dans le secteur industriel belge : elles représentent 4 % des entreprises détachant du personnel dans l’industrie pétrochimique, un secteur où les missions de révision et de maintenance dépassent régulièrement le seuil d’enregistrement des sites.

Sécurité sociale : HMRC, et non un formulaire A1 de l'UE

Depuis le 1er janvier 2021, la coordination en matière de sécurité sociale entre le Royaume-Uni et l'Union européenne est régie par l'accord de commerce et de coopération. Concrètement :

  • Au Royaume-Uni, les employeurs demandent au HMRC un certificat de couverture attestant que le salarié reste affilié au régime d'assurance sociale britannique. Ce document remplit la même fonction opérationnelle que le formulaire A1 de l'UE et correspond à ce qu'un inspecteur belge s'attendra à voir.
  • L'Union européenne a informé le Royaume-Uni que tous les États membres de l'UE appliquent la dérogation relative aux travailleurs détachés, et la Belgique a confirmé qu'elle le ferait en tant que pays de catégorie A. Cela permet à un travailleur détaché temporairement de continuer à relever du régime de son pays d'origine pendant une période pouvant aller jusqu'à 24 mois, à condition que les conditions requises soient remplies.
  • Faites la demande avant votre départ. Un certificat obtenu a posteriori, une fois l’inspection entamée, a beaucoup moins de poids ; en l’absence de couverture valable, on part du principe que c’est la sécurité sociale belge qui s’applique, avec les cotisations dues.

Limosa n'a pas changé

C'est le point sur lequel les entreprises britanniques se trompent le plus souvent, car elles ont l'impression que la sortie de l'UE aurait dû faire bouger les choses.

Le régime Limosa s'applique aux employeurs étrangers qui détachent des travailleurs en Belgique. Il ne s'agit pas d'un mécanisme interne à l'UE, et le fait de se trouver en dehors de l'UE ne vous en exempte pas. Vous devez toujours effectuer votre déclaration sur limosa.be avant le premier jour de travail, vous recevez toujours un récépissé LIMOSA-1 que chaque travailleur doit être en mesure de présenter au client belge, et une seule déclaration couvre toujours une durée prévue pouvant aller jusqu'à 24 mois.

Vous devez également communiquer à l'Inspection du travail belge l'identité et les coordonnées d'une personne de liaison joignable au sujet du détachement. Notre guide complet sur Limosa détaille l'ensemble des démarches à effectuer, et les dérogations, avec leurs délais précis, sont présentées dans la rubrique « Dérogations Limosa ».

Le nouvel axe : l'immigration

Avant 2021, un ressortissant britannique n'avait qu'à se présenter sur place. Ce n'est plus le cas aujourd'hui. Les ressortissants britanniques sont considérés comme des ressortissants de pays tiers au regard de la législation belge en matière d'immigration et, selon la durée et la nature de la mission, des formalités relatives à l'autorisation de travail et au séjour peuvent s'ajouter à tout ce qui précède.

L'accord TCA prévoit certes des dispositions concernant les visiteurs d'affaires de courte durée, les prestataires de services sous contrat et les professionnels indépendants, mais celles-ci sont restrictives, assorties de nombreuses conditions et ne remplacent en aucun cas la vérification des modalités spécifiques de la mission. Deux points pratiques :

  • Vérifiez la situation au niveau de l’immigration en même temps que celle au niveau de la sécurité sociale, et non après. Il s’agit de deux évaluations distinctes, avec des délais de traitement différents, et celle relative à l’immigration est généralement la plus longue des deux.
  • Ne vous basez pas sur le dernier déplacement d'un collègue. Une visite commerciale de trois jours, une mission de mise en service de deux semaines et une affectation sur site de six mois peuvent toutes relever de catégories différentes.

L'autorisation de travail en Belgique relève de la compétence des régions ; par conséquent, les règles applicables et l'autorité chargée de la délivrer dépendent du lieu où le travail est effectué : en Flandre, en Wallonie ou à Bruxelles.

La procédure « Check-in-at-Work » s'applique exactement comme auparavant

Le Brexit n’a en rien modifié le régime d’enregistrement des chantiers. L’enregistrement est obligatoire pour les travaux sur des biens immobiliers, à l’exception des travaux de nettoyage et de certaines activités du secteur de la viande, lorsque la valeur totale des travaux atteint 500 000 euros hors TVA. Ce seuil s’applique à l’ensemble des travaux, et non à la valeur de votre contrat ; ainsi, même une intervention britannique de faible envergure sur un grand site industriel est soumise à cette obligation.

Trois points qui posent problème aux entrepreneurs étrangers :

  • C'est une procédure quotidienne. L'enregistrement a lieu avant le début du travail, chaque jour ouvré, pour chaque personne.
  • La responsabilité est partagée entre la partie qui envoie le travailleur et celle qui effectue le travail ; les deux parties doivent convenir de qui procède à l'enregistrement et vérifier que celui-ci a bien été effectué.
  • Pour pouvoir vous inscrire, vous devez disposer d'un numéro d'entreprise belge (CBE) et d'un accès au portail. Pour une entreprise britannique n'ayant aucune présence en Belgique, cela représente un véritable délai de mise en place, et cette obligation s'applique dès le premier jour.

À compter du 1er avril 2027, une loi-programme adoptée le 30 mai 2026 étend l'obligation d'enregistrement aux entrées et aux sorties, et inclut la fourniture d'Béton s prêtes à l'emploi dans son champ d'application.

Les différences entre ces systèmes sont présentées dans les rubriques Limosa, Dimona ou Check-in-at-Work.

Ce que coûte une erreur

Le non-dépôt d'une déclaration Limosa constitue une infraction de niveau 4, soit la catégorie la plus grave prévue par le Code pénal social belge, passible d'une peine d'emprisonnement ainsi que de sanctions pécuniaires.

Le montant des amendes a augmenté le 1er février 2026, date à laquelle la loi du 19 décembre 2025 a porté de 8 à 10 le coefficient multiplicateur appliqué aux amendes pénales sociales. Pour certaines infractions, le montant est multiplié par le nombre de salariés concernés, dans la limite de 100.

Votre donneur d'ordre belge est lui aussi exposé à des risques, en raison de la responsabilité solidaire concernant les salaires de vos salariés et de l'obligation de retenue à la source : lorsqu'un sous-traitant a des dettes sociales ou fiscales, le donneur d'ordre doit retenir 35 % du montant de chaque facture hors TVA pour les dettes sociales et 15 % pour les dettes fiscales, comme indiqué sur le site checkinhoudingsplicht.be. C'est pourquoi les maîtres d'œuvre belges procèdent désormais à une vérification préalable des sous-traitants étrangers avant l'attribution du marché, comme l'explique notre guide destiné aux maîtres d'œuvre.

Démarche pratique pour une entreprise britannique

1. Vérifiez les conditions d’immigration applicables à la mission et à la région concernées. Commencez par cette étape, car c’est celle qui nécessite le plus de temps. 2. Demandez auprès du HMRC des certificats de couverture pour chaque travailleur détaché, couvrant l’intégralité de la période prévue. 3. Obtenez un numéro d’entreprise belge (CBE) et un accès au portail de la sécurité sociale si l’enregistrement du chantier est requis. 4. Déposez la déclaration Limosa avant le premier jour ouvré et désignez votre interlocuteur. 5. Veillez à ce que l’enregistrement de présence soit effectif dès le premier jour, et non à compter de la première facture. 6. Considérez chaque changement d’équipe comme un événement relevant de la conformité : une nouvelle personne implique un nouveau certificat de couverture, une nouvelle déclaration Limosa et une nouvelle inscription du chantier, à organiser avant le départ.

Veiller à ce que les documents administratifs et le site soient cohérents

Avec trois régimes distincts désormais en vigueur, le risque majeur est celui de la dérive. Un changement d'équipage que personne n'a consigné, un programme prolongé sans vérification des certificats, un site où la présence du personnel est consignée sur un simple bloc-notes.

La solution consiste à faire de cet enregistrement un sous-produit du travail plutôt qu’une tâche administrative effectuée a posteriori. Lorsque l’arrivée enregistre automatiquement le salarié sur le bon projet, les données du chantier correspondent par défaut à vos déclarations, et les incohérences apparaissent alors qu’elles peuvent encore être corrigées. La fonctionnalité « pointage au travail » de Suivo fonctionne sur la même plateforme de gestion des effectifs que le suivi des heures ; ainsi, les données de conformité alimentent également le calcul des heures et le chiffrage des projets, au lieu de rester dans un système distinct.

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Remarque concernant la langue

L'anglais est largement utilisé dans le monde des affaires belge et accepté par les autorités dans de nombreux contextes, ce qui reste un véritable atout pour les entreprises britanniques. Une inspection sur site se déroulera toutefois en néerlandais en Flandre et en français en Wallonie ; il est donc toujours utile de faire appel à un interlocuteur local.

Les règles post-Brexit s'inscrivent dans le cadre général défini dans le guide complet sur les obligations des employeurs étrangers en Belgique.

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