La Slovénie figure parmi les dix premiers pays d'origine des travailleurs détachés en Belgique et constitue, de loin, le cas le plus frappant de pays d'origine dont les travailleurs détachés ne sont, pour la plupart, pas de nationalité slovène. Seuls 10 % des personnes détachées de Slovénie vers la Belgique sont slovènes. Ce simple chiffre résume à lui seul la situation en matière de conformité.
La place de la Slovénie sur le marché belge
En 2023, les entreprises slovènes ont déclaré 5 593 travailleurs détachés en Belgique, soit 2 , 4 % du total des déclarations Limosa, ce qui place la Slovénie à la neuvième place parmi les pays d'origine, malgré sa taille.
La répartition par nationalité est inhabituelle : 33 % sont des Bosniaques et des Herzégoviens, 13 % des Kosovars, 12 % des Serbes et seulement 10 % des Slovènes. Le détachement de travailleurs bosniaques depuis la Slovénie vers le secteur belge de la construction constitue l'un des principaux flux de détachement en provenance de pays tiers vers la Belgique, avec 1 916 personnes en 2023.
Les quatre choses indispensables
Commencez par remonter dans le temps à partir de votre date de mobilisation, car deux de ces éléments dépendent de tiers.
1. Des certificats A1, demandés auprès de la ZZZS (Institut d’assurance maladie de Slovénie) avant le départ, à raison d’un par travailleur détaché, couvrant l’intégralité de la période prévue. Ils attestent que vos employés restent affiliés au régime de sécurité sociale slovène et ne sont pas soumis aux cotisations belges. Découvrez ce que les inspecteurs belges vérifient sur un certificat A1. 2. Un numéro d’entreprise belge (CBE) et un accès au portail, si le système «Check-in-at-Work» s’applique. Les employeurs étrangers ont besoin de ces deux éléments pour enregistrer la présence de leurs travailleurs, et c’est l’étape qui est le plus souvent négligée. 3. La déclaration Limosa, déposée sur limosa.be avant le premier jour de travail. Elle génère un reçu LIMOSA-1 que chaque travailleur doit être en mesure de présenter au client belge. Tous les détails figurent dans notre guide Limosa. 4. Une personne de liaison, dont vous communiquez l’identité et les coordonnées à l’Inspection du travail belge, et qui peut être joignable au sujet du détachement.
Le formulaire A1 remplace-t-il la déclaration Limosa ?
Non, et c'est là le malentendu le plus coûteux dans le cadre d'une collaboration transfrontalière.
Le formulaire A1 indique quel est le système de sécurité sociale applicable. Le formulaire Limosa permet de vérifier si la Belgique a connaissance de la présence de votre salarié sur son territoire. Ces documents sont délivrés par des organismes différents et à des fins distinctes. Un employeur titulaire d’un formulaire A1 en cours de validité doit tout de même déposer une déclaration Limosa avant le début du travail, et un inspecteur vous demandera les deux documents.
Les ressortissants de pays tiers, c'est toute l'histoire
Pour une entreprise slovène qui détache des travailleurs, les déclarations A1 et Limosa ne posent aucun problème. Le plus difficile consiste à prouver que chaque ressortissant d’un pays tiers faisant partie de l’équipe réside et travaille légalement en Slovénie, ce qui leur permet d’être ensuite détachés en Belgique.
Les contrôles effectués par les autorités belges auprès des équipages slovènes donnent souvent lieu à des vérifications des titres de séjour et des autorisations de travail. La Cour de justice de l’Union européenne s’est prononcée sur les conditions de séjour applicables aux ressortissants de pays tiers détachés dans son arrêt du 20 juin 2024 rendu dans l’affaire C-540/22 (SN et autres), et les autorités belges veillent activement au respect de la réglementation en la matière.
Constituez un dossier en trois parties pour chaque travailleur détaché : le formulaire A1 délivré par la ZZZS, le formulaire LIMOSA-1 et les pièces justificatives attestant de la légalité de son séjour et de son emploi en Slovénie. Une équipe dont les documents belges sont en règle mais dont les justificatifs de séjour en Slovénie sont incomplets échouera tout de même à l'inspection.
Dans quels cas le dispositif « Check-in-at-Work » s'applique-t-il ?
L'enregistrement est obligatoire pour les travaux sur des biens immobiliers, à l'exception des travaux de nettoyage, ainsi que pour certaines activités du secteur de la viande, lorsque la valeur totale des travaux atteint 500 000 euros hors TVA. Ce seuil s'applique que cette valeur soit atteinte au début des travaux ou en cours de chantier, et il s'applique à l'ensemble des travaux, et non à la valeur de votre propre contrat.
Trois points qui posent problème aux entrepreneurs étrangers :
- C'est une procédure quotidienne. L'enregistrement doit avoir lieu avant le début du travail, chaque jour ouvrable, pour chaque personne présente sur le site. Il ne s'agit pas d'une inscription ponctuelle.
- La responsabilité est partagée. Elle incombe à la fois à l'entreprise qui envoie le salarié et à celle qui réalise les travaux ; les deux parties doivent s'entendre sur qui se charge de l'enregistrement et de la vérification de l'exécution des travaux. Le fait de supposer que le maître d'œuvre vous couvre ne constitue pas un moyen de défense.
- La notion de « travaux sur des biens immobiliers » est large et va bien au-delà de la construction neuve pour englober la rénovation, l’aménagement, les installations techniques et les travaux de terrassement.
À compter du 1er avril 2027, une loi-programme adoptée le 30 mai 2026 étend l’obligation d’enregistrement aux entrées et aux sorties, et inclut la fourniture d’ Béton s prêtes à l’emploi dans son champ d’application. Les registres de présence ne seront plus valables après cette date.
Les différences entre ces systèmes sont présentées dans les rubriques Limosa, Dimona ou Check-in-at-Work.
Ce que coûte une erreur
Le non-dépôt d'une déclaration Limosa constitue une infraction de niveau 4, soit la catégorie la plus grave prévue par le Code pénal social belge, passible d'une peine d'emprisonnement ainsi que de sanctions pécuniaires.
Les amendes ont augmenté le 1er février 2026, date à laquelle la loi du 19 décembre 2025 a porté de 8 à 10 le coefficient multiplicateur appliqué aux amendes pénales sociales. Pour certaines infractions , le montant est multiplié par le nombre de salariés concernés, dans la limite de 100, ce qui explique pourquoi une simple lacune administrative au sein d’une équipe de dix personnes peut se traduire par un montant considérable.
Il y a également un coût commercial. Votre client belge est exposé à une responsabilité solidaire concernant les salaires de vos travailleurs, ainsi qu’à l’obligation de retenue à la source : lorsqu’un sous-traitant a des dettes sociales ou fiscales, le client doit retenir 35 % du montant de chaque facture hors TVA pour les dettes de sécurité sociale et 15 % pour les dettes fiscales, comme indiqué sur le site checkinhoudingsplicht.be. À compter du 1er mai 2026, un taux supplémentaire de 15 % s’appliquera aux cotisations impayées des travailleurs indépendants. Un sous-traitant qui pose ce genre de problème ne sera plus sollicité. Notre guide destiné aux maîtres d’œuvre explique pourquoi les clients demandent des documents aux sous-traitants étrangers.
Veiller à ce que les documents administratifs et le site soient cohérents
La difficulté du travail transfrontalier ne réside pas dans la compréhension des règles. Elle consiste à faire en sorte que le dossier de votre bureau central et la réalité sur le chantier belge restent en adéquation, semaine après semaine, alors que les équipes se relaient et que les calendriers évoluent.
Deux habitudes suffisent pour accomplir l’essentiel du travail. Considérez chaque changement d’équipe comme une procédure de conformité : l’arrivée d’une nouvelle personne implique un nouveau contrôle A1, une nouvelle inscription Limosa et un enregistrement sur le chantier sous son identité, à organiser avant son départ. Enregistrez également la présence de manière numérique dès l’arrivée de la personne, en la reliant à celle-ci et au projet, afin que le registre du chantier corresponde par défaut à vos déclarations et que vous puissiez produire un relevé spécifique de la journée écoulée sur simple demande, sans avoir à le reconstituer.
La solution de pointage sur le lieu de travail de Suivo est utilisée sur les chantiers belges où plusieurs sous-traitants travaillent côte à côte. Elle fonctionne sur la même plateforme de gestion des effectifs que le suivi des temps de travail ; ainsi, les données que vous collectez à des fins de conformité alimentent également le calcul des heures et le chiffrage des projets, au lieu de rester stockées dans un système distinct.
Découvrez comment B&R Bouwgroep gère les inscriptions sur l'ensemble de ses chantiers en Belgique.
Remarque concernant la langue
Le slovène n'est pas une langue administrative en Belgique. La correspondance et les contrôles se font en néerlandais, en français, en allemand ou en anglais ; veillez donc à choisir votre interlocuteur en conséquence.
Si vos salariés viennent de plusieurs pays, le guide complet destiné aux employeurs qui détachent du personnel en Belgique couvre chacun d'entre eux.
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